Le vrai prix du low-code dans les systèmes pensés pour durer
À court terme, le low-code donne l’illusion d’une victoire économique. Une application peut être mise en ligne en quelques semaines, parfois en quelques jours. Les budgets sont contenus, la dépendance à une équipe technique réduite, et le retour sur investissement paraît immédiat. C’est précisément cette efficacité apparente qui masque les premiers coûts invisibles. Car un système d’information n’est jamais figé. Il évolue avec l’entreprise, ses processus, ses contraintes réglementaires, ses volumes de données et ses ambitions.
Avec le temps, la promesse de simplicité se heurte à la réalité de la complexité métier. Les outils low-code sont conçus pour couvrir des cas génériques. Dès que l’on sort de ces cadres, chaque adaptation devient plus coûteuse, non pas en développement pur, mais en contournements, en bricolages fonctionnels et en compromis techniques. Là où un système sur mesure permet d’anticiper l’évolution, le low-code impose souvent de s’y adapter, parfois au prix d’une perte de cohérence globale.
Le coût réel apparaît aussi dans la dépendance à la plateforme. Un système low-code n’appartient jamais totalement à l’entreprise qui l’utilise. Il est lié à un éditeur, à son modèle économique, à sa politique tarifaire et à ses choix techniques. Les augmentations de licences, les limitations progressives, les fonctionnalités devenues payantes ou les changements d’orientation stratégique ne sont pas des hypothèses théoriques, mais des situations fréquentes. Sur dix ans, cette dépendance peut coûter bien plus qu’un développement initial classique.
La question de la performance et de la robustesse est également centrale. Tant que les volumes restent modestes, le low-code tient ses promesses. Mais lorsque les données s’accumulent, que les utilisateurs se multiplient et que les processus deviennent critiques, les limites apparaissent. Optimiser un système low-code est rarement possible en profondeur. On ne maîtrise ni totalement l’architecture, ni les choix techniques sous-jacents. Le coût n’est alors plus financier seulement, il devient opérationnel : lenteurs, contournements manuels, perte de productivité et parfois remise en cause de la fiabilité du système.
Un autre prix, plus discret mais fondamental, concerne la gouvernance technique. Un système low-code mal encadré tend à se fragmenter. Les règles métiers se dispersent dans des interfaces graphiques, les logiques sont difficiles à auditer, à tester et à transmettre. Lorsque l’entreprise grandit ou change d’équipe, la compréhension du système devient complexe. Là où un code structuré et documenté peut être repris, audité et amélioré, un empilement low-code devient parfois opaque, même pour ses propres créateurs.
Enfin, le coût du changement est souvent sous-estimé. De nombreuses entreprises finissent par vouloir sortir du low-code lorsqu’elles atteignent un certain niveau de maturité. Cette transition est rarement simple. Reprendre des données, reconstruire des logiques métiers, redévelopper des fonctionnalités critiques représente un investissement lourd, souvent supérieur à ce qu’aurait coûté une approche plus structurée dès le départ. Le low-code n’a alors pas été une économie, mais un report de coût, parfois amplifié.
Cela ne signifie pas que le low-code est une erreur en soi. Il peut être pertinent pour des prototypes, des outils internes simples, des besoins temporaires ou des structures aux processus très stables. Mais lorsqu’il s’agit de bâtir un système destiné à accompagner une entreprise sur le long terme, le vrai prix du low-code se révèle rarement au moment de la signature. Il se dévoile progressivement, au rythme de la croissance, des contraintes et des ambitions.
Le choix n’est donc pas seulement technologique. Il est stratégique. Investir dans un système durable, ce n’est pas chercher le coût le plus bas aujourd’hui, mais la trajectoire la plus maîtrisée demain.